Charles BAUDELAIRE - Biographie

1821: Naissance à Paris de Charles Baudelaire. Il est le fils de Joseph-François Baudelaire, né en 1759, et de Caroline Archenbaut-Dufaÿs, née en 1793.

1827: mort du père de Charles Baudelaire.

1828: la mère de Charles Baudelaire se remarie au général Aupick. Une mutuelle incompréhension s'élèvera bientôt entre le futur poète et le militaire.

1836: Après un séjour de quatre ans à Lyon, Baudelaire est inscrit au Collège Louis-le-Grand de Paris.

1840-41: Baudelaire entretient dans le Quartier latin une vie que sa famille considère scandaleuse.

Juin 1841-Février 1842: Pressé par sa famille, Baudelaire s'embarque vers les Indes. De fait, son voyage s'arrêtera à l'île Maurice. Des poèmes comme A une Dame créole, L'Albatros et Parfum exotique sont, au moins en partie, inspirés de ce voyage.

1842: Baudelaire fait la connaissance de Jeanne Duval qui lui inspirera de nombreux vers, entre autres ceux de La Chevelure et du Serpent qui danse.

1847: Découverte d'Edgar Poe. Baudelaire voit, chez l'auteur américain, une sorte de frère spirituel. En effet, une même conception de l'art, un même dédain du peuple et un identique intérêt pour ce que Poe appelle le démon de la perversité (c'est-à-dire le goût du mal pour le mal) réunissent les deux poètes.

1847: Baudelaire rencontre Marie Daubrun dont les yeux lui inspirent en particulier Le Poison et Ciel brouillé..

1848: Il participe aux journées révolutionnaires de février; cela oblige à nuancer l'image selon laquelle Baudelaire était un poète hautain, reclus dans sa tour d'ivoire.

1852: Il envoie de nombreux poèmes à Mme Sabatier, celle qu'il associe à l'amour spirituel (cf. par exemple Harmonie du Soir et L'Aube spirituelle)

1856-57: Baudelaire publie sa traduction des Histoires et des Nouvelles histoires extraordinaires d'Edgar Poe.

1857: En juin, publication des Fleurs du mal. Le 20 août, un procès en moralité est instruit contre l'auteur. Baudelaire et l'éditeur (Poulet-Malassis) seront condamnés à des amendes et six poèmes (maintenant regroupés sous le titre des Pièces condamnés et réunis dans Les Épaves) devront être retirés.

1860: Publication des Paradis artificiels. Ce recueil témoigne de l'importance, pour Baudelaire, du monde des sensations ainsi que de son «goût de l'infini».

1861: Publication de la seconde édition des Fleurs du mal. En avril, Baudelaire fait également paraître un long article sur Richard Wagner (cf. la section sur Baudelaire: le critique d'art).

1864: Baudelaire s'installe à Bruxelles où il donne une tournée de conférences. Le pays, qui lui plaît d'abord, finit par lui apparaître détestable et le séjour en Belgique devient extrêmement pénible.

1866: Lors d'une visite à l'église Saint-Loup de Namur, Baudelaire perd connaissance. Des troubles cérébraux, en particulier l'aphasie, s'abattent sur le poète.

1867: Mort de Charles Baudelaire. Il est inhumé au cimetière Montparnasse.

1868: Publication, à titre posthume, du Spleen de Paris, ainsi que des Curiosités esthétiques.
Charles BAUDELAIRE - Biographie

# Online seit Sonntag, 26. März, 2006 um 13:50

Présentation des Fleurs du mal

Présentation des Fleurs du mal

Ce recueil de 100 poèmes a été publié le 25 juin 1857 à Paris chez Poulet-Malassis. Ces poèmes sont répartis en 5 sections comportant respectivement 77, 12, 3, 5 et 3 poèmes. Ils sont précédés d'une dédicace à Gautier et du poème au lecteur.

Les 5 sections initiales sont : Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte et La Mort.
Une seconde édition augmentée de 35 poèmes nouveaux (et d'une section inédite : Tableaux parisiens) est publiée en 1861. L'édition définitive des Fleurs du Mal a été publiée en 1868, après la mort de Charles Baudelaire (1821-1867).

Ce recueil est mal accueilli, par la critique. Seuls quelques-uns, dont son ami Barbey d'Aurevilly, défendent la poésie de Charles Baudelaire. Le 5 juillet 1857 parait un violent article du Figaro, qui tout à la fois assure une grande notoriété au poète et le conduit devant les tribunaux.

En août 1857, six mois après le procès de Madame Bovary (pour des chefs d'inculpation similaires: immoralité et obscénité), Baudelaire est condamné pour "offense à la morale publique, ... la morale religieuse et aux bonnes m½urs". Il est condamné à 300 francs d'amende et à la suppression de six poèmes. Ces 6 poèmes seront publiés à nouveau, en 1864, en Belgique dans le Parnasse satyrique du dix-neuvième siècle.

Baudelaire a apporté un soin particulier à la disposition de son recueil. Les Fleurs du Mal ne sont pas une succession de poèmes qui prennent place au fur et mesure de l'inspiration de l'auteur. Baudelaire les a disposés suivant un itinéraire bien précis. Il est d'ailleurs une lettre célèbre adressée en 1861 par Baudelaire à Vigny : " le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu'on reconnaisse qu'il n'est pas un pur album et qu'il a un commencement et une fin."

L'édition définitive des Fleurs du mal a la structure suivante:

Spleen et Idéal (poèmes I à LXXXXV)
Tableaux parisiens (poèmes LXXXXVI à CIII)
Le Vin (poèmes CIV à CVIII )
Fleurs du Mal (poèmes CIX à CXVII )
Révolte (poèmes CXVIII à CXX)
La Mort (poèmes CXXI à CXXVI)

# Online seit Sonntag, 26. März, 2006 um 13:56

Quelques poèmes des Fleurs du Mal

Elévation (Spleen et Idéal, Chap.III)

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

# Online seit Sonntag, 26. März, 2006 um 14:03

Les Fleurs du Mal-Spleen et Idéal, chap.XVII

La Beauté

Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un c½ur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Les Fleurs du Mal-Spleen et Idéal, chap.XVII

# Online seit Sonntag, 26. März, 2006 um 14:06

Les Fleurs du Mal - Spleen et Idéal, Chap.XXIX

Les Fleurs du Mal - Spleen et Idéal, Chap.XXIX
Une charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un ½il fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! Telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! Dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !
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# Online seit Sonntag, 26. März, 2006 um 14:54